Le spectacle est affligeant, mais révélateur. Mario Andrésol, ancien directeur général de la Police nationale d’Haïti et actuel secrétaire d’État à la Sécurité publique, et Pierre Espérance, figure centrale du militantisme des droits humains, se livrent à un échange d’accusations aussi violentes que stériles. Un face-à-face où chacun prétend incarner la morale publique tout en exposant, malgré lui, les failles d’un système gangrené par l’impunité. Pierre Espérance accuse Mario Andrésol d’avoir protégé des bandits. En retour, Andrésol ressort une accusation d’un autre âge : Espérance aurait été arrêté dans son enfance pour le vol d’un bœuf à La Gonâve, avec la complicité de son père. Deux charges graves. Deux hommes qui se disent défenseurs de l’ordre et de la justice. Et pourtant, une question s’impose.
Si Pierre Espérance avait effectivement un passé criminel compromettant, comment expliquer que Mario Andrésol, à la tête de la PNH pendant sept longues années (2005–2012), n’ait jamais jugé utile d’ouvrir une enquête, de saisir la justice ou même d’alerter l’opinion publique ? Peut-on sérieusement croire qu’un chef de police « intègre » aurait fermé les yeux sur un tel dossier si celui-ci avait la moindre consistance ?
À l’inverse, si Mario Andrésol a réellement protégé des criminels, pourquoi Pierre Espérance, fort de son influence médiatique et internationale, n’a-t-il jamais déposé de plainte formelle contre lui durant ces mêmes sept années ? Pourquoi ce silence prolongé ? Pourquoi cette indignation tardive, surgissant seulement lorsque les rapports de force politiques ont changé ?
Cette confrontation absurde dévoile une vérité dérangeante : ces deux hommes se connaissent trop bien. Chacun semble détenir sur l’autre des informations suffisamment compromettantes pour dissuader toute action judiciaire réelle. Ils s’accusent sans jamais franchir le seuil des tribunaux, comme s’ils étaient liés par un pacte tacite de neutralisation réciproque. Le véritable scandale n’est pas ce qu’ils disent aujourd’hui, mais ce qu’ils n’ont pas fait hier. L’un disposait du pouvoir coercitif de l’État, l’autre de la tribune morale des droits humains. Aucun n’a agi lorsque le moment l’exigeait. Le silence a prévalu. Et ce silence n’était pas innocent : il était stratégique.
Ce face-à-face n’a rien d’un débat sur la justice ou la vérité. Il illustre plutôt le fonctionnement d’une élite où les accusations servent d’armes politiques, non d’outils de reddition de comptes. On ne parle pas pour juger, mais pour affaiblir. On accuse non pour assainir, mais pour négocier, intimider ou éliminer un adversaire devenu encombrant.
Dès lors, comment accorder du crédit à un ancien chef de police qui prétend aujourd’hui révéler des faits qu’il aurait volontairement tus pendant des années ? Comment faire confiance à un défenseur des droits humains qui a toléré, sans broncher, la présence d’un supposé « protecteur de criminels » à la tête de la police nationale ?
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