Alors que la ville du Cap-Haïtien ploie sous le poids de routes défoncées et d’un abandon manifeste des services publics,
Emmanuel Vertilaire refait surface, non pas pour rendre des comptes, mais pour distribuer des injonctions.
Dans une note datée du 30 avril 2026, l’ancien conseiller-président adopte un ton grave, presque paternaliste,
pour dénoncer l’inaction de l’État face aux revendications populaires. Il appelle au suivi des fonds publics, exige des
redditions de comptes, interpelle les ministères. Une posture qui, à première vue, pourrait passer pour celle d’un homme
d’État soucieux du bien commun. Mais cette posture soulève une question simple :
Où était cette rigueur lorsque lui-même était aux affaires ?
Car le document le rappelle implicitement : des fonds avaient été débloqués lors de son passage au
CPT pour la réhabilitation de certaines routes stratégiques du Cap-Haïtien. Or, aujourd’hui encore,
ces axes restent dans un état critique, alimentant la colère des habitants et les mobilisations de rue.
Dès lors, difficile d’ignorer le décalage entre les engagements d’hier et les indignations d’aujourd’hui.
Plus troublant encore, Emmanuel Vertilaire semble redécouvrir, une fois hors du pouvoir, les vertus de la
transparence et de la redevabilité. Comme si ces exigences, pourtant essentielles à toute
gouvernance responsable, ne s’imposaient qu’aux autres.
Cette sortie médiatique intervient dans un contexte particulier : l’ancien conseiller-président s’emploie désormais
à structurer un nouveau projet politique. Une ambition qui donne à sa prise de position un parfum moins civique
que stratégique.
Car difficile de ne pas y voir une tentative de repositionnement, à l’heure où la défiance envers la classe politique
atteint des sommets. Le problème, c’est que la mémoire collective, elle, ne s’efface pas aussi facilement.
Les citoyens du Cap-Haïtien, confrontés au quotidien à l’état déplorable de leurs infrastructures,
attendent autre chose que des déclarations. Ils attendent des explications.
Dans un pays où l’impunité reste la règle, la crédibilité politique ne peut se reconstruire à coups de communiqués indignés.
Elle passe d’abord par un exercice simple, mais trop rare : rendre des comptes sur sa propre gestion.
À défaut, les appels à la responsabilité sonnent creux. Et les ambitions politiques, prématurées.

