Le projet de décret électoral actuellement en circulation suscite de vives inquiétudes au sein de plusieurs secteurs de la société haïtienne. Pour l’analyste Sterline Civil, ce texte est loin d’être neutre et traduirait une volonté de contrôle politique du processus électoral par l’Exécutif dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.
Dans une analyse critique largement relayée, Sterline Civil estime que le projet de décret met en place un mécanisme institutionnel permettant au pouvoir exécutif d’exercer une influence déterminante sur l’organisation des prochaines élections. Selon elle, bien que le texte proclame l’autonomie du Conseil électoral provisoire (CEP), il confère paradoxalement des pouvoirs considérables à un Directeur général nommé directement par le Conseil des ministres.
Ce dernier serait chargé de l’administration et de la mise en œuvre du processus électoral, avec la possibilité de se substituer au CEP en cas de « blocage ». Une disposition que plusieurs observateurs considèrent comme une concentration excessive de pouvoir au sein de l’Exécutif.
L’analyste attire également l’attention sur la question sensible du Centre de tabulation des votes. D’après le projet de décret, cette structure stratégique serait placée sous l’autorité du même Directeur général, ce qui donnerait à l’Exécutif un contrôle important sur la compilation et la transmission des résultats électoraux.
Sterline Civil juge particulièrement préoccupante la disposition prévoyant l’exclusion des candidats faisant l’objet d’un mandat d’arrêt ou d’un avis de recherche. Elle estime qu’une telle mesure pourrait ouvrir la voie à des dérives politiques.
Pour étayer ses craintes, elle évoque les avis de recherche émis par les autorités en février 2026 et soutient qu’un candidat pourrait être écarté de la course électorale sans jugement définitif, simplement à travers une décision administrative ou politique.
« On ne prépare pas des élections ouvertes, on prépare un filtre politique », affirme-t-elle, dénonçant ce qu’elle considère comme un outil de persécution et d’exclusion destiné à verrouiller l’accès au jeu électoral.
Ces critiques interviennent dans un contexte déjà marqué par une profonde crise de confiance envers les institutions publiques et les mécanismes de gouvernance en Haïti. Le débat autour du futur décret électoral risque ainsi d’alimenter davantage les tensions politiques à l’approche des prochaines échéances électorales.

