Après des années marquées par une urbanisation incontrôlée, des infrastructures insuffisantes et une planification territoriale en panne, le ministère de la Planification et de la Coopération externe (MPCE) et le Comité interministériel d’aménagement du territoire (CIAT) affichent leur ambition de remettre l’aménagement du territoire au cœur des politiques publiques. Réunis ce mardi 4 août, les responsables des deux institutions ont posé les bases d’un partenariat appelé à redéfinir les priorités du développement national.
À l’initiative de la ministre de la Planification, Dre Sandra Paulemon, accompagnée de son directeur de cabinet, Paul Ruddy Mentor, cette rencontre de haut niveau avec la secrétaire exécutive du CIAT, Marie-Christine Stephenson, visait à établir un cadre de collaboration permanent afin de mieux coordonner les interventions de l’État sur le territoire.
Dès l’ouverture des échanges, la ministre a réaffirmé la volonté de son administration, conformément aux orientations du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, de renforcer les synergies entre le MPCE et le CIAT pour doter le pays d’une vision plus cohérente de son développement.
Au cœur des discussions figuraient plusieurs dossiers stratégiques, dont l’actualisation du Schéma national d’aménagement du territoire (SNAT), le Plan directeur national d’aménagement du territoire ainsi que les plans directeurs de plusieurs grandes villes, notamment Port-au-Prince, Cap-Haïtien, Les Cayes, Gonaïves, Jérémie et Hinche. Les responsables ont également dressé un état des lieux des communes encore privées d’outils de planification, une situation qui continue d’alimenter l’expansion désordonnée des espaces urbains.
Les deux institutions entendent également accélérer l’identification de pôles régionaux de développement, de corridors économiques et de zones industrielles, agricoles, touristiques et logistiques afin de stimuler l’investissement, créer des emplois et réduire les profondes disparités entre les régions.
Les enjeux fonciers ont occupé une place importante dans les discussions. Gestion des terres, lutte contre l’urbanisation anarchique, sécurisation du foncier, développement urbain et planification des infrastructures stratégiques — routes, ports, aéroports, énergie, eau et assainissement — figurent désormais parmi les priorités communes des deux institutions.
Face à la multiplication des catastrophes naturelles, les responsables ont également insisté sur l’urgence d’intégrer la résilience climatique dans les politiques d’aménagement. Inondations, glissements de terrain et séismes imposent, selon eux, une nouvelle approche de la planification territoriale.
La crise des personnes déplacées internes, aggravée par l’insécurité, a aussi été abordée. Le MPCE et le CIAT envisagent de développer de nouveaux pôles d’habitat et des zones de croissance capables d’accompagner la reconstruction des communautés affectées.
La modernisation des outils techniques a également été évoquée. Cartographie nationale, systèmes d’information géographique (SIG), bases de données territoriales et mécanismes de suivi spatial devront servir de leviers pour améliorer la planification et orienter les décisions publiques.
Au cours de la réunion, la secrétaire exécutive du CIAT a présenté un avant-projet de décret visant à renforcer le cadre institutionnel de l’organisme, ainsi qu’une cartographie permettant d’identifier les communes disposant de schémas d’aménagement, de plans d’urbanisme ou de plans communaux de développement, et celles qui en sont encore dépourvues.
Au-delà des constats, les deux institutions se sont engagées à passer à l’action. Elles prévoient de constituer un portefeuille de projets structurants destiné aux partenaires techniques et financiers, de renforcer l’accompagnement des collectivités territoriales et de mettre en place un comité technique permanent chargé d’assurer le suivi de cette coopération.
Une nouvelle réunion, élargie à la Direction de l’Aménagement du territoire et du Développement local et régional (DATDLR), est annoncée pour la fin du mois d’août. Elle devra harmoniser les orientations des deux institutions et jeter les bases d’une politique nationale d’aménagement du territoire plus cohérente, dans un contexte où les défis liés à l’urbanisation, à la sécurité et au développement n’ont jamais été aussi pressants.

