À la suite d’une nouvelle attaque meurtrière ayant frappé la commune de Kenscoff, le sociologue et diplomate Lauture Jacques appelle les partenaires internationaux d’Haïti à accélérer le déploiement effectif de la Force de Répression des Gangs (GSF), en appui aux forces nationales engagées dans la lutte contre les groupes criminels armés.
Réagissant à ce nouveau drame qui endeuille une population déjà durement éprouvée par l’insécurité, Lauture Jacques s’interroge sur le lourd tribut imposé aux communautés paysannes de Kenscoff.
« Kenscoff est une nouvelle fois endeuillée. Jusqu’à quand ces paisibles communautés paysannes, qui travaillent la terre et contribuent chaque jour à nourrir Port-au-Prince, devront-elles payer le prix du sang ? »
Pour l’ancien Consul général d’Haïti à New York, la répétition de ces attaques démontre l’urgence de renforcer concrètement les capacités opérationnelles des forces chargées de rétablir la sécurité. Après plus de cinq années de violences criminelles ayant profondément fragilisé le pays, il estime que les engagements internationaux doivent désormais se traduire par des moyens et une présence effective sur le terrain.
« Les partenaires internationaux doivent accélérer le déploiement effectif de la Force de Répression des Gangs, en appui aux forces nationales », plaide-t-il, considérant que la situation exige une réponse proportionnelle à l’ampleur de la menace.
Lauture Jacques inscrit également son appel dans le prolongement des préoccupations exprimées devant le Conseil de sécurité des Nations unies par Carlos Ruiz Massieu, Représentant spécial du Secrétaire général et chef du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH). Il souligne notamment la nécessité pour la force internationale de disposer des moyens humains, logistiques et opérationnels indispensables à un déploiement rapide et efficace.
À ses yeux, Haïti ne fait plus seulement face à des actes isolés de banditisme, mais à une violence criminelle organisée qui s’attaque aux populations civiles, perturbe les activités économiques, fragilise l’autorité de l’État et étend progressivement son emprise sur des territoires autrefois relativement préservés.
Lauture Jacques insiste surtout sur une dimension qu’il estime fondamentale : l’insécurité haïtienne, bien qu’elle se manifeste sur le territoire national, possède désormais des ramifications transnationales évidentes. Les groupes armés ne produisent pas en Haïti les armes et les munitions sophistiquées qui alimentent leur puissance de feu. Leur approvisionnement dépend notamment de circuits de trafic qui franchissent les frontières, tandis que certaines économies criminelles associées au trafic de stupéfiants, à la contrebande et aux flux financiers illicites s’insèrent dans des réseaux régionaux et internationaux. Les Nations unies ont elles-mêmes documenté l’intégration croissante de ces trafics dans des chaînes transnationales reliant Haïti, la Caraïbe et des marchés internationaux.
Cette réalité conduit, selon lui, à dépasser une lecture exclusivement nationale de la crise. « On ne peut demander à Haïti de combattre seul, à l’intérieur de ses frontières, une criminalité dont une partie des armes, des ressources et des circuits d’approvisionnement trouve son origine ou ses relais au-delà de ses frontières », soutient Lauture Jacques. Dès lors, la responsabilité des partenaires internationaux ne devrait pas se limiter au déploiement de forces sur le terrain : elle doit également se traduire par un renforcement du contrôle des circuits d’approvisionnement en armes et en munitions, de la coopération judiciaire et policière, du renseignement financier et de la lutte contre les réseaux transnationaux qui contribuent à alimenter la violence en Haïti.
Le cas de Kenscoff revêt, selon lui, une dimension particulière. Cette commune montagneuse, connue notamment pour ses activités agricoles et son rôle dans l’approvisionnement alimentaire de la région métropolitaine, voit aujourd’hui certaines de ses communautés confrontées à une insécurité qui menace directement leur mode de vie.
Derrière les victimes, rappelle Lauture Jacques, ce sont également des familles déplacées, des terres abandonnées, des récoltes compromises et des communautés entières qui vivent désormais sous la menace de nouvelles attaques.
Face à cette situation, il appelle à une réponse coordonnée associant le renforcement de la Police nationale d’Haïti, l’appui aux Forces armées d’Haïti et le déploiement effectif de la force internationale, dans le respect de la souveraineté nationale et avec un objectif clairement défini : permettre à l’État de reprendre durablement le contrôle des territoires affectés par les bandes armées.

