Frappé de sanctions internationales pour son implication présumée dans le financement et le soutien de groupes armés, l’ancien sénateur de l’Artibonite, Youri Latortue, affiche aujourd’hui son appui à l’action du président salvadorien Nayib Bukele en Haïti. Une prise de position pour le moins paradoxale, venant d’un responsable politique dont le nom est associé, dans plusieurs rapports internationaux, aux réseaux criminels qui alimentent l’insécurité dans le pays. L’ironie est d’autant plus frappante que Bukele incarne une politique de fermeté contre les gangs, précisément ceux dont l’ancien parlementaire est accusé d’avoir favorisé l’expansion.
Des sanctions internationales et des accusations documentées
Les accusations ne sont pas nouvelles et ne reposent pas uniquement sur des rivalités politiques. En novembre 2022, les États-Unis et le Canada ont sanctionné Youri Latortue, lui reprochant notamment d’avoir utilisé son influence politique pour protéger et faciliter les activités de groupes criminels. Dans son rapport S/2023/674, publié en septembre 2023, le Groupe d’experts des Nations unies évoque son financement et son armement présumés du gang de Raboteau, ainsi que ses liens avec Kokorat San Ras. Le rapport S/2024/704 revient également sur l’utilisation présumée de ces groupes pour préserver son influence politique et économique dans l’Artibonite.
Le 15 décembre 2025, l’Union européenne a, à son tour, inscrit l’ancien sénateur sur sa liste de sanctions, lui reprochant d’avoir armé et financé les gangs Raboteau et Kokorat San Ras pour servir ses intérêts politiques et personnels. Youri Latortue rejette ces accusations et conteste les conclusions des instances internationales. Toutefois, la convergence des mesures prises par plusieurs partenaires internationaux soulève de sérieuses questions auxquelles ses dénégations ne suffisent pas à répondre. Son soutien affiché à la politique sécuritaire de Nayib Bukele ne saurait donc faire oublier les graves accusations qui pèsent sur lui.
La lutte contre les gangs et la responsabilité des réseaux politiques
Car combattre les gangs, ce n’est pas seulement traquer les hommes armés dans les rues et les quartiers populaires. C’est aussi démanteler les réseaux politiques, économiques et financiers qui les alimentent, les équipent et les utilisent comme instruments de pouvoir. On ne peut réclamer la tolérance zéro contre les bandits tout en esquivant la question de leurs éventuels parrains en costume-cravate. Avant d’applaudir la chasse aux gangs, Youri Latortue ferait peut-être mieux de répondre aux accusations internationales qui le concernent. En Haïti, la lutte contre l’insécurité ne peut être crédible si elle ne s’attaque pas aussi à ceux qui sont accusés d’en être les architectes. Quelle ironie !



