Le massacre de Kenscoff vient une nouvelle fois mettre à nu les graves failles de la politique sécuritaire du gouvernement. Alors que des citoyens sont tués, des familles terrorisées et des populations contraintes de fuir leurs maisons, une question s’impose : où est le ministre de la Défense, Mario Andrésol ? À Kenscoff, la violence des groupes armés a atteint un niveau qui ne peut plus être considéré comme un simple épisode de criminalité. Des vies ont été fauchées, des habitants ont été pris en otage et une partie de la population vit désormais dans la peur. Pourtant, face à cette tragédie, l’État donne l’impression d’être spectateur de sa propre impuissance.
Le rôle d’un ministre de la Défense ne consiste pas uniquement à participer à des réunions, à prononcer des discours ou à annoncer des engagements institutionnels. Il doit contribuer à la définition et à la mise en œuvre d’une stratégie permettant de protéger le territoire national et les citoyens. Or, sous la responsabilité de Mario Andrésol, les Forces armées d’Haïti peinent à démontrer leur capacité à prévenir ou à empêcher de telles attaques. Kenscoff est particulièrement révélateur de cette défaillance. Comment expliquer qu’une zone stratégique de la capitale puisse être attaquée avec une telle violence alors que les autorités sont censées disposer d’informations sur les mouvements des groupes armés ? Comment comprendre que des populations civiles puissent être exposées pendant des jours à des attaques sans qu’une réponse sécuritaire suffisamment forte ne soit apportée ?
Le silence ou l’absence de résultats ne peuvent pas constituer une politique de défense. Plus inquiétant encore, cette situation intervient dans un contexte où les groupes armés étendent progressivement leur influence, contrôlent des axes stratégiques, déplacent des populations et défient ouvertement l’autorité de l’État. Pendant ce temps, les institutions responsables de la sécurité nationale donnent le sentiment de fonctionner en mode réaction plutôt qu’en mode prévention.
Mario Andrésol ne peut donc pas se contenter d’invoquer les limites opérationnelles des forces de sécurité. Le ministère de la Défense doit rendre des comptes sur ses priorités, ses moyens, sa stratégie et surtout ses résultats. Lorsque des citoyens meurent massivement et que des territoires échappent progressivement au contrôle de l’État, l’échec sécuritaire devient aussi un problème de responsabilité politique. Le massacre de Kenscoff devrait être un électrochoc. Il devrait entraîner une évaluation sérieuse de la chaîne de commandement, des capacités des Forces armées, de la coordination avec la Police nationale d’Haïti et de l’utilisation des ressources publiques consacrées à la sécurité. Car le peuple haïtien n’a pas besoin d’un ministre de la Défense qui explique l’impuissance de l’État. Il a besoin d’un responsable capable de défendre le territoire, de protéger les citoyens et de restaurer la crédibilité des institutions chargées de sa sécurité.
Kenscoff restera donc comme un terrible révélateur : lorsque les citoyens sont massacrés sur leur propre territoire, lorsque des familles sont déplacées et que les groupes armés imposent leur loi, la question n’est plus seulement de savoir qui a attaqué. Il faut aussi demander pourquoi l’État n’a pas été capable de protéger. Et cette question concerne directement le ministre de la Défense.

