ONU : « La Haïti de Raina Forbin n’est pas celle que vivent les Haïtiens »

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En prenant la parole devant le Conseil de sécurité des Nations Unies, la ministre des Affaires étrangères et des Cultes, Raina Forbin, a présenté une image d’Haïti qui contraste fortement avec celle que vivent quotidiennement des millions de citoyens. En affirmant que « la sécurité s’améliore » et que le pays n’a « jamais été aussi proche du rétablissement de la sécurité et de la tenue d’élections », la cheffe de la diplomatie haïtienne a livré un discours qui paraît largement déconnecté des réalités du terrain.

Pendant que cette vision optimiste est défendue à New York, de vastes portions du territoire restent sous l’emprise de groupes armés. Des milliers de familles continuent de fuir leurs quartiers, les déplacements forcés se multiplient, les enlèvements et les assassinats demeurent une menace permanente, et les attaques contre les institutions publiques rappellent chaque jour les limites de l’autorité de l’État. Dans un tel contexte, parler d’une amélioration significative de la sécurité apparaît, pour beaucoup, comme une lecture difficilement conciliable avec les faits. Ce décalage entre le discours officiel et la réalité nourrit un malaise croissant. Chercher à convaincre les partenaires internationaux que le pays est sur la voie de la stabilisation peut répondre à une logique diplomatique. Mais lorsque cette communication semble minimiser l’ampleur de la crise, elle risque de fragiliser davantage la confiance des citoyens envers leurs dirigeants. Une stratégie de communication ne peut se substituer aux résultats attendus sur le terrain.

Le courage et la résilience du peuple haïtien sont indéniables. Pourtant, cette capacité à résister à l’adversité ne doit pas être invoquée pour masquer l’échec des politiques publiques en matière de sécurité. Les Haïtiens ne demandent pas que l’on embellisse leur quotidien devant les instances internationales ; ils attendent que les autorités leur garantissent enfin le droit fondamental de vivre sans la peur des balles, des enlèvements ou de l’exil forcé.

À force de présenter une Haïti plus stable qu’elle ne l’est réellement, le gouvernement prend le risque de perdre ce qui lui reste de crédibilité, tant auprès de la population que de ses partenaires. Les discours peuvent rassurer pendant quelques minutes à la tribune des Nations Unies, mais ils ne suffisent ni à reprendre les quartiers contrôlés par les gangs, ni à ramener les déplacés dans leurs maisons, ni à restaurer l’autorité de l’État. Ce que réclament les Haïtiens aujourd’hui, ce ne sont pas des déclarations d’autosatisfaction, mais des actes capables de transformer enfin leur quotidien.

Jenny Toussaint
Journaliste-Rédactrice à Hebdo24 | Politicienne | Experte en Relations Internationales 📩 : jenny@hebdo24.com Suivez-moi sur X : @jennyhebdo24

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