La récente déclaration de Leslie Voltaire, au ton solennel et fortement teintée de patriotisme, se veut une profession de foi en faveur de la souveraineté nationale, du courage civique et du dialogue politique. En invoquant l’héritage historique d’Haïti, la dignité dessalinienne et la nécessité de résister aux pressions extérieures, le discours cherche à projeter l’image d’un homme d’État ferme et responsable. Pourtant, derrière la force des mots, plusieurs zones d’ombre alimentent le scepticisme.
D’abord, le décalage entre la posture actuelle et le parcours récent suscite des questions. Cette affirmation vigoureuse de souveraineté arrive dans un contexte de tensions diplomatiques et de mesures restrictives touchant certains acteurs politiques. Beaucoup y voient moins une conviction de longue date qu’un repositionnement dicté par les circonstances. Le patriotisme proclamé paraît soudain , et donc, pour ses critiques, opportun. Ensuite, le discours privilégie les symboles au détriment des engagements concrets. Justice, sécurité, dignité, consensus : les concepts sont forts, mais restent généraux. Aucune mesure précise, aucun mécanisme institutionnel détaillé, aucune reconnaissance des responsabilités internes dans l’enlisement actuel. Or, gouverner, même en transition, exige plus que des formules mobilisatrices : il faut des choix clairs, des priorités opérationnelles et des actes vérifiables.
La revendication d’un leadership fondé sur le dialogue et le consensus est également à double tranchant. Dans l’abstrait, elle est louable. Dans la pratique haïtienne récente, elle a souvent servi de paravent à l’inaction, aux compromis dilatoires et aux accords sans application réelle. Sans cadre, sans échéancier, sans obligation de résultats, le consensus devient un refuge commode plutôt qu’un outil de sortie de crise. L’évocation du sacrifice personnel, notamment l’idée que la perte d’un visa serait insignifiante face à l’intérêt national, participe d’une mise en scène de fermeté. Mais ses détracteurs estiment que la dignité nationale ne se défend pas seulement par des déclarations de principe : elle se construit par la cohérence, la transparence et la constance des positions, y compris lorsque les coûts politiques sont élevés — et pas seulement lorsqu’ils deviennent inévitables.
Enfin, l’appel à une « solution haïtienne » et à des élections démocratiques crédibles reste, à ce stade, une intention plus qu’une stratégie. Sans garanties sécuritaires, sans architecture électorale clarifiée et sans confiance institutionnelle restaurée, l’objectif relève davantage de l’affichage que du plan d’action.
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