Le gouvernement haïtien a autorisé le transfert aux autorités américaines de 18 suspects clés détenus à Port-au-Prince dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat du président Jovenel Moïse. Cette opération marque un tournant majeur dans la coopération judiciaire entre les deux pays, alors que le dossier stagne toujours sur le plan national, cinq ans après le drame.
Parmi les individus remis figurent l’ancien haut fonctionnaire Joseph Félix Badio ainsi que 17 anciens militaires colombiens, tous accusés d’avoir joué un rôle central dans le commando ayant exécuté le Jovenel Moise, le 7 juillet 2021. Selon les informations du Miami Herald, les 18 hommes ont quitté la capitale haïtienne ce dimanche à bord d’un appareil militaire américain à destination de la Floride.
Dans un communiqué officiel, le ministère de la Justice et de la Sécurité publique (MJSP) a précisé que la remise des detenus s’est effectuée à la demande expresse de Washington et dans le cadre des mécanismes de coopération prévus entre les deux pays. Le gouvernement haïtien soutient que cette mesure permettra non seulement d’instruire leur procès sur le sol américain, mais aussi d’alimenter les investigations toujours en cours sur le territoire national grâce au partage de renseignements.
Les autorités américaines ont décrit l’opération comme un « transfert de garde à l’étranger », plutôt qu’une extradition. Les États-Unis et Haïti ne sont pas liés par un traité formel d’extradition, mais disposent d’un accord d’entraide judiciaire veille depuis l’occupation américaine de 1915.
Ce coup d’accélérateur porte à 30 le nombre de personnes inculpées par le procureur fédéral du district sud de la Floride. Plusieurs accusés ont déjà été condamnés à Miami, tandis que le procès de Christian Emmanuel Sanon, un pasteur haïtiano-américain accusé d’avoir participé au complot, doit débuter le 28 septembre.
En Haïti, le juge d’instruction Walther Wesser Voltaire avait inculpé 51 personnes en 2024, dont l’ancienne première dame Martine Moïse. L’enquête avait ensuite été contestée en appel, la cour estimant qu’elle demeurait incomplète.
Face aux réserves du public, le MJSP réaffirme que les preuves et témoignages recueillis lors des audiences américaines serviront à consolider le dossier haïtien. Joseph Félix Badio et ses coaccusés doivent faire leur première comparution devant un tribunal fédéral de Miami dès ce lundi.

