Le ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI) se retrouve une nouvelle fois au centre des critiques concernant la protection des consommateurs haïtiens. Après avoir lui-même révélé, en janvier dernier, l’ampleur des problèmes affectant la qualité de l’eau vendue à la population, le ministère dirigé par James Monazard est désormais interpellé sur la qualité de certains produits pétroliers commercialisés sur le marché national.
Le contraste est saisissant. En janvier 2026, une étude réalisée par la Direction du Contrôle de la Qualité et de la Protection du Consommateur (DCQPC) avait révélé que plus de 92 % des eaux traitées et conditionnées analysées dans la région métropolitaine de Port-au-Prince ne respectaient pas les normes en vigueur. Le MCI avait notamment souligné des problèmes liés à la conformité, à l’enregistrement et à l’étiquetage. Plus grave encore, selon les déclarations rapportées de James Monazard, des bactéries avaient été détectées dans 86 % des échantillons analysés, certaines présentant un risque pour la santé, notamment en raison de contaminations d’origine fécale.
Face à ce constat, le ministre avait annoncé le renforcement des contrôles et la mise en place d’un plan d’action interinstitutionnel. En février, le gouvernement indiquait également qu’un atelier de concertation réunissant notamment le MCI, le ministère de la Santé publique, le ministère de l’Environnement et la DINEPA devait permettre de dégager des mesures communes.
Mais quelques mois plus tard, une nouvelle controverse vient remettre la question du contrôle des produits de consommation au premier plan. Cette fois, ce sont les carburants qui sont mis en cause. Des plaintes faisant état de dommages causés à des véhicules ont conduit le MCI à annoncer, le 15 septembre 2026, des vérifications sur la qualité de certains produits pétroliers. Le ministère demande toutefois de ne pas tirer de conclusion définitive avant la réalisation des analyses techniques et scientifiques nécessaires.
Autrement dit, à ce stade, il serait prématuré d’affirmer que le carburant en question est effectivement frelaté ou non conforme. Mais cette prudence scientifique ne devrait pas empêcher une interrogation politique et administrative : comment des produits susceptibles de présenter un risque pour les consommateurs peuvent-ils arriver jusqu’au marché avant que leur conformité ne soit clairement établie ?
Le problème est d’autant plus sensible que le MCI reconnaît lui-même l’importance de la traçabilité. Selon les informations rapportées sur son avis, les contrôles doivent notamment permettre de déterminer l’origine du carburant, son importateur, les conditions de stockage et de distribution ainsi que les établissements auxquels les produits ont été livrés.

