Renan Hédouville, ancien Protecteur du citoyen, a été accueilli en grande pompe par des représentants du gouvernement après son retour en Haïti, alors que son nom est cité dans un rapport de l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) recommandant des poursuites judiciaires contre lui. Dans son rapport, l’ULCC met notamment en cause la gestion de M. Hédouville à la tête de l’Office de la protection du citoyen (OPC). L’enquête porte principalement sur plusieurs missions officielles effectuées entre 2022 et 2024. Selon les enquêteurs, sur 17 voyages programmés, dix n’auraient jamais été effectués. Pourtant, l’OPC aurait décaissé plus de 16,5 millions de gourdes pour ces missions présumées fictives, notamment pour l’achat de billets d’avion et le paiement de per diem.
L’ULCC relève également des irrégularités dans la gestion de certains marchés publics et évoque des faits susceptibles de constituer des infractions telles que le détournement de biens publics, l’abus de fonction et la passation illégale de marchés publics. L’organisme anticorruption a ainsi recommandé des poursuites judiciaires contre Renan Hédouville et plusieurs autres personnes citées dans le dossier. Un avis de recherche avait ensuite été émis contre l’ancien Protecteur du citoyen dans le cadre de cette affaire. Son retour en Haïti intervient donc dans un contexte particulièrement controversé. Le fait qu’il ait été accueilli avec les honneurs par des représentants du pouvoir suscite des interrogations, notamment sur la cohérence de la politique de lutte contre la corruption. Comment un responsable faisant l’objet de recommandations de poursuites par l’institution chargée de combattre la corruption peut-il être reçu officiellement par le gouvernement ?
La justice doit désormais déterminer les responsabilités dans cette affaire. Mais au-delà du cas de Renan Hédouville, cet accueil pose une question plus large sur la volonté réelle des autorités de donner suite aux enquêtes de l’ULCC et de lutter efficacement contre la corruption dans l’administration publique.

