Le Réseau haïtien des journalistes anti-corruption (RHAJAC) a lancé, ce jeudi, un appel public au commissaire du gouvernement près le tribunal de première instance de Port-au-Prince, Me Patterson Dorval, lui demandant de prendre des mesures conservatoires contre plusieurs membres du Conseil présidentiel de transition (CPT), soupçonnés d’implication dans des scandales financiers et de liens présumés avec des groupes armés. Dans un communiqué de presse, l’organisation estime que les informations actuellement disponibles justifieraient l’application des dispositions prévues par le Code d’instruction criminelle, notamment l’émission d’interdictions de départ, en raison des risques de fuite et d’entrave à la justice. Les faits évoqués concernent, selon le RHAJAC, des accusations graves de corruption, de blanchiment de capitaux, d’association de malfaiteurs et de soutien à des organisations criminelles.
S’appuyant sur le principe constitutionnel de l’égalité de tous devant la loi, le réseau souligne qu’aucun statut politique ni aucune fonction institutionnelle ne sauraient faire obstacle à l’action du ministère public. « Ce principe impose une application rigoureuse de la loi, sans privilège ni exception », insiste-t-il.
Crainte de fuites à l’approche de la fin du mandat du CPT
À moins de trois semaines de l’expiration de l’Accord du 3 avril, prévue pour le 7 février 2026, le RHAJAC affirme observer des manœuvres visant, selon lui, à soustraire certains responsables à d’éventuelles poursuites judiciaires. L’organisation évoque deux stratégies supposées : la tentative d’imposer un proche à la tête de la Primature ou l’organisation d’une fuite planifiée à l’étranger. Toute passivité institutionnelle ou tolérance permettant à des responsables de se soustraire à la justice constituerait, selon le réseau, une « faute grave engageant la responsabilité personnelle des autorités concernées ».
Trois exigences adressées aux autorités
Dans son communiqué, le RHAJAC formule trois principales exigences : l’ouverture immédiate d’enquêtes judiciaires et la saisine d’un juge d’instruction compétent ; l’émission d’interdictions de départ contre les personnes concernées, ainsi que la mise sous scellés des éléments de preuve, notamment les documents, passeports et flux financiers ; un remaniement ministériel visant à écarter les responsables compromis, à restaurer la confiance du public, à améliorer la sécurité et à créer les conditions d’élections crédibles.
Pour le réseau, l’enjeu dépasse largement le cadre de la transition politique actuelle. Il s’agit, selon lui, de poser les bases d’un minimum de responsabilité étatique après plus d’une décennie de crise institutionnelle et de fragmentation sécuritaire du territoire.
Mise en demeure et avertissement public
Le RHAJAC met formellement en demeure les autorités judiciaires d’agir dans les plus brefs délais. À défaut, l’organisation annonce qu’elle documentera toute obstruction ou fuite éventuelle et procédera à des dénonciations publiques tant au niveau national qu’international. Enfin, le réseau appelle la population, la presse indépendante et l’ensemble des institutions républicaines à maintenir un haut niveau de vigilance face aux risques de manipulation, de pression et de contournement des procédures judiciaires. Le communiqué est signé par Djovany Michel, secrétaire général du RHAJAC, sous la devise : « Pour la vérité, la justice et la souveraineté nationale ».
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