À l’occasion du 1er et du 2 novembre 2025 où nous allons célébrer la Toussaint et les Morts, nous pourrions nous poser des questions qui auraient un sens dans notre vie de nation déchirée: Pourquoi se soucier de la fête des Guédés? Quel rôle joue cette tradition dans le vodou? Et enfin, Qu’est ce que le vodou?
La dernière question peut être répondue de deux lieux qui entretiennent un rapport très symbolique de complétude. D’abord, d’une Afrique ancestrale et mythologique qui implique la traite négrière et du désir des êtres humains de peupler leur monde de dieux. Donc, c’est l’âme culturelle des tribus africaines ayant traversé les océans, du continent des yoruba pour se retrouver contre leur gré dans le continent des amérindiens. Mais, c’est aussi l’ensemble des divinités africaines, appelées les voduns ou les orisha selon les dialectes, qui intercèdent dans la vie des peuples tribaux, sous leur invocation. D’un autre côté, la question peut avoir une réponse qui part de la nuit du 14 août 1791 pour s’estomper à l’indépendance du 1er janvier 1804, et se résume donc à l’ensemble des manifestations rituelles socio-religieuses qu’il faut appeler le vodou haïtien. Donc, il s’agit d’une cosmogonie incluant un regard sur l’origine d’un monde peuplé de dieux du continent Afrique, et qui à été diffusée dans des aires géographiques de l’Amérique qui ne lui furent pas originelles, et qui avait accepté des mutations propres à ces changements spatiaux et temporels. Mais, dans le cas d’Haiti, il faut aussi parler d’une religion, voire d’une culture opprimé, une oppression qui fut à la base d’une crise identitaire et de l’exclusion des catégories sociales qu’il a fallu intégrer par une politique d’inclusion culturelle et sociale. Qu’est ce que cela signifie du point de vue sociologique?
Dès son arrivée et sa reconstitution sur l’île d’Haïti, le vodou a été l’objet d’un soupçon pour l’oppresseur blanc européen de l’africain, et une victime de l’ethnocentrisme qui accompagnait la colonisation et l’esclavage de la raison cartésienne caricaturée par les viles passions humaines. Aussi, les rites vodouesques furent surveillés, interdits et punis cruellement dans la colonie de Saint- Domingue. C’est pourquoi, cette cosmogonie, dans sa manifestation religieuse et socioculturelle a dû connaitre des moments de clandestinité, dont la fameuse nuit du Bois Caïman. Sous le règne louverturien et pendant les premiers gouvernements de Dessalines, de Pétion, et Christophe, et de Boyer, les pratiquants ne connaissaient pas la liberté de culte, car ces premiers chefs d’État étaient conscients du caractère subversif des rassemblements vodouesques. Faustin Soulouque fut le censeur le plus ambigu du vodou, pour avoir été à la fois un fervent vodouïsant et ennemi des hommes et des femmes suspects de pratiquer une religion qui pouvait les unir contre le pouvoir des oppresseurs. Cependant, devant la crise socioculturelle que l’occupation américaine d’Haiti de 1915 avait rendu manifeste, les conférences du docteur Jean Price Mars dans le café » Le Parisiana » devait être fascinant pour donner à certains intellectuels une conscience sur la nécessité de retrouver une autre ontologie culturelle pour guider la nation haitienne vers son épanouissement. De cette conscience devait naître une littérature et des pratiques mondaines qui allaient valoriser la langue créole, le vodou et la classe paysanne qui en était le creuset et le véritable conservateur, quand les bourgeois et les petits bourgeois qui venaient à s’en réclamer n’affichaient qu’ un folklorisme atténuant du bovarisme culturel dont ils furent affectés durant le 19ème siècle et le début d’un 20ème siècle pathologique sur le plan socioculturel.
Mais, malgré les bienfaits de la publication des livres comme « Ainsi parla l’oncle de Jean Price Mars, Jésus ou Legba de Milo Rigaud, L’Héritage sacré de Jean Baptiste Cinéas qui donna un écho à l’oeuvre Mimola de Antoine Innocent », la campagne de persécution contre les hounfors, leurs adeptes, lancés par le président blancomane Elie Lescot et le leader religieux fanatique Charles Foisset Romain, fut une tragédie pour le vodou et pour la grande majorie des paysans et des citadins représentatifs de la nation haitienne. L’ouvrage « Analyse schématique 32-34 » est une interrogation scientifique de cette exclusion du vodou dans la vie du peuple haïtien que donnait à voir Jacques Roumain, l’auteur du fameux romain paysan « Gouverneurs de la rosée« , oeuvre montrant une scène nocturne du vodou de la paysannerie, et traduite en plus d’une vingtaine de langues étrangères, et adaptée par des cinéastes et des dramaturges.
Le début des années 1950, le vodou allait marquer la vie sociale, culturelle, et artistique de la société haïtienne. Les paroles vodouesques seront des ornements textuels pour la musique classique de Issa El Saher, de Roger Colas, qui se jouait dans les salons bourgeois, tandis que des peintres s’inspiraient du vodou pour créer un art que l’américain fondateur du Centre d’art de Port-au-prince Peter Dewitts, qu’il appelerait l’art naïf haïtien, avec sa découverte de l’artiste-peintre hougan de Cabaret André Pierre. Et plutard, après l’investiture présidentielle de 1957, François Duvalier qui a été ethnologue et defenseur du vodou avec son ami Lorimer Denis, se déclara le premier président hougan et baron du pays et permit aux hougans et pratiquants du vodou qui furent ses partisans de jouir à la fois de liberté de culte et de pouvoir politique.
Peut-être que l’on peut voir dans ces périodes successives d’histoire du peuple de 1804 les soubressauts, les résistances du vodou, mais sans que l’on puisse parler de droits culturels et religieux que la démocratie promeut, défend et protège. C’est sans doute l’intervention de l’ancien président Jean Bertrand Aristide qui a permis au vodou de devenir une religion légale et légitime, et susceptible d’être pratiquée dans le respect de la dignité de ses adhérents. C’est ce que l’on peut qualifier comme une politique d’intégration socioculturelle et économique des vodouisants, qui ont acquis le droit par cette décision de créer leur association vodouesque, de faire des célébrations, de funérailles, de mariage et d’initiation (baptême), de créer leur mode vestimentaire et alimenter un marché national et international pour valoriser la culture et l’identité du peuple afro-haïtien.
Aujourd’hui, le vodou n’est plus un objet de clandestinité, de marginalisation, ou de honte. S’il y a d’autres secteurs religieux qui stigmatisent les vodouisants, il faut interpréter ces faits comme l’expression d’une intolérance qui cache simultanément l’ianalphabétisme et la scolorisation lacunaire de certains croyants du protestantisme, la mauvaise foi de certains intellectuels fanatiques, et l’esprit d’une conccurence lucrative chez certains pasteurs qui veulent convertir les vodouisants par un prosélytisme doublement irrationnel et désaxé. Le vodou accompagne désormais l’haïtien dans son entrée dans la modernité et la mondialisation des cultures. Cependant, il est urgent que le vodou soit débarassé de certaines pratiques surranées et qui empêchent son intégration dans un art de vivre ensemble, et qui pourrait faciliter l’amour, la confiance, l’altruisme, la fraternité, l’égalité, et la pratique de la devise « L’union fait la force », afin de rebatir une Haiti de bien-être et d’inclusion.
Célébrons donc les 1er et 2 novembre pour honorer et respecter nos morts, nos ancêtres, et nos droits historico-culturels de peuple qui habite un monde de symbolisme, pendant que nous nous remettons en question devant nos misères actuelles!
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